Dans le même temps, l’Union européenne mobilise des dizaines de milliards d’euros pour le renforcement de l’industrie européenne de défense et le développement de technologies stratégiques, de l’intelligence artificielle aux semi-conducteurs.
Les dépenses sociales sont ainsi présentées comme « coûteuses », tandis que les dépenses militaires et technologiques seraient, elles, « nécessaires ».
Or un budget n’est jamais neutre : il est la traduction de choix politiques. Investir dans la sécurité peut se justifier au regard du contexte international. Mais négliger la cohésion sociale constitue un risque stratégique majeur, car la sécurité ne se limite pas aux équipements et aux infrastructures.
Une société marquée par les inégalités, l’impossible recours aux droits et la défiance institutionnelle est une société fragile. Les politiques d’inclusion, d’accompagnement et de participation citoyenne sont, elles aussi, des investissements nécessaires. Elles renforcent la stabilité démocratique et la justice sociale.
Opposer ces types de dépenses revient à créer un déséquilibre susceptible d’affaiblir la sécurité même que l’on prétend défendre — celle de nos sociétés, de nos démocraties et de nos libertés.
Dans le podcast Minuit dans le siècle, Sylvie Laurent nous rappelle que l’austérité ne consiste pas pour l’État de réduire globalement ses dépenses mais de se retirer des dépenses sociales pour surinvestir dans d’autres domaines et, en particulier, dans les domaines de police, de défense, d’armement et de surveillance.*
Nous voilà prévenu·e·s…
Solidairement vôtre,
Françoise Kemajou