Comment construire une insertion socioprofessionnelle durable dans un secteur sous tension ?

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Le 19 juin, POUR LA SOLIDARITÉ-PLS a réuni des acteur·rices du secteur de l’insertion socioprofessionnelle autour d’une question centrale : comment construire une insertion durable avec des acteurs de l’ISP à bout de souffle ?

Dans un contexte marqué par l’instabilité des financements, la mise en concurrence des structures, la multiplication des appels à projets et des réformes politiques restrictives pour le secteur de l’insertion socioprofessionnelle, cette matinée avait pour ambition d’ouvrir un espace de réflexion collective sur les transformations de l’ISP, leurs effets sur les pratiques d’accompagnement, mais aussi les leviers possibles pour renforcer la capacité d’action des associations.

De l’engagement militant à l’appel à projet : une transformation du rôle des associations

En ouverture, Jacques Moriau, sociologue et chargé de recherche au Conseil Bruxellois de Coordination Sociopolitique (CBCS), est revenu sur l’évolution historique des relations entre l’État et le monde associatif.

Son intervention a mis en évidence plusieurs grandes phases de cette évolution, depuis l’émergence d’un secteur associatif ancré dans l’engagement militant jusqu’à la généralisation progressive des logiques d’appels à projets. Cette transformation, détaillée dans le compte-rendu de l’événement, marque un tournant important dans les rapports entre pouvoirs publics et associations.

Elle s’accompagne notamment d’une mise en concurrence croissante des structures, d’une augmentation des exigences administratives et d’une culture de l’évaluation centrée sur des indicateurs de résultats. Ces transformations interrogent directement la capacité du secteur associatif à préserver son autonomie, sa fonction critique et son rôle de force de proposition face aux enjeux sociaux contemporains.

Les réalités du financement de l’ISP

La matinée s’est poursuivie par une table ronde consacrée aux modes de financement de l’insertion socioprofessionnelle et à leurs effets sur les structures et les publics accompagnés. Elle réunissait Julien Charles, chercheur au CESEP, Hugo Roegiers, représentant de l’Interfédé des CISP, et Benjamin Bierlaire, représentant du Forem.

Les échanges ont rappelé la coexistence de plusieurs formes de financement : financements structurels, subventions à l’emploi, fonds européens, appels à projets ou encore marchés publics. Un constat central a émergé : la montée des financements conditionnés aux résultats peut entraîner un risque de sélection des publics les plus proches de l’emploi, au détriment des personnes qui nécessitent un accompagnement plus long, plus progressif ou plus global. Les intervenants ont également souligné l’importance de construire des indicateurs capables de refléter la diversité réelle des parcours d’insertion.

Le collectif pour renforcer la capacité d’action des acteurs de l’insertion socioprofessionnelle

La matinée s’est conclue par une seconde table ronde consacrée aux dynamiques de coopération entre associations.

Odile Dayez, directrice Belgique de DUO for a JOB, a présenté Mentoring Belgium, une coalition réunissant plusieurs acteurs du mentorat vers l’emploi. À ses côtés, Stéphane Heymans, directeur de la CSD et de Soins Chez Soi, a mis en avant l’Alliance Otonom, un réseau intersectoriel rassemblant des acteurs des soins, de la santé, du vieillissement et de l’insertion socioprofessionnelle. Ces alliances apparaissent comme des espaces précieux d’apprentissage collectif, de soutien entre professionnel·les, de mutualisation des ressources et de renforcement du plaidoyer politique. Elles permettent de dépasser l’isolement des structures, de partager les constats de terrain et de construire des réponses communes face à des enjeux qui dépassent largement les capacités d’action d’une organisation seule.

Dans un secteur soumis à de fortes contraintes budgétaires et institutionnelles, le développement de coopérations durables constitue ainsi une piste importante pour préserver la qualité de l’accompagnement, renforcer la visibilité des acteurs de terrain et défendre une vision plus collective de l’insertion.

Reprendre une place critique pour construire l’ISP de demain

Au terme de cette matinée, une question essentielle demeure : comment les acteurs de l’insertion peuvent-ils reprendre une place critique dans la définition des politiques qui les concernent ?

Face à l’instabilité des financements, à la montée des exigences administratives, à la pression des résultats et à la complexité croissante des parcours des publics accompagnés, il devient indispensable de préserver des espaces de débat, de coopération et de réflexion collective. L’enjeu n’est pas seulement de s’adapter aux transformations du secteur. Il est aussi de pouvoir les questionner, les analyser et y répondre collectivement, afin de continuer à construire une insertion socioprofessionnelle durable, inclusive et fidèle à sa mission d’intérêt général.

POUR LA SOLIDARITÉ-PLS remercie l’ensemble des intervenant·es, participant·es et partenaires ayant contribué à faire de cette matinée un espace d’échange, de mise en perspective et de mobilisation collective.

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